Le calcul des indicateurs
Les indicateurs mesurés dans ce document sont pour l’essentiel des proportions et des taux, deux formes particulières de rapports statistiques fréquemment utilisées en santé publique. Contrairement à des nombres bruts, ces mesures, rapportées à une population, permettent de comparer l’expérience de différentes populations ou de suivre celle d’une population dans le temps (Last, 2004).
Une proportion1 correspond au rapport d’une partie à un tout. Le numérateur de la proportion est donc un sous-ensemble du dénominateur. Un taux est une forme particulière de rapport mesurant la fréquence de survenue d’un phénomène au sein d’une population, durant une période donnée. Plus exactement, il s’agit du rapport du nombre d’événements observés au cours d’une période donnée, à la population soumise à l’événement au milieu de la période. Par ailleurs, le taux intègre également un multiplicateur, généralement une puissance de 10 (100, 1 000, 10 000 ou 100 000), convertissant une fraction difficilement interprétable en un nombre entier plus intelligible (Last, 2004). En santé publique, le taux est une mesure fondamentale, puisqu’il reflète le risque d’une population de subir un événement, souvent délétère, au cours d’une période.
Selon la situation, deux types de taux sont utilisés : les taux bruts et les taux ajustés. Lorsqu’aucune précision n’est apportée, les taux présentés dans ce document sont bruts. Les taux bruts rapportent directement les événements observés au cours d’une période à la population à risque durant la même période. Ils reflètent ainsi la situation réellement vécue par cette population. Pour cette raison, les mesures portant sur les déterminants de la santé sont davantage présentées sous forme brute afin d’illustrer le fardeau supporté par les populations.
Les taux ajustés2, pour leur part, sont utilisés à des fins de comparaison, uniquement lorsque le phénomène rapporté est fortement influencé par une caractéristique de la population susceptible de biaiser les comparaisons. Le plus souvent les taux sont ajustés selon l’âge, déterminant majeur de la santé. Il est en effet normal, par exemple, d’observer plus de décès au cours d’une période au sein d’une population dont la structure d’âge est plus vieille. Cet ajustement permet donc d’épurer les mesures de l’effet d’une variable confondante, ici l’âge, afin de pouvoir les comparer. Mentionnons que les taux ajustés n’ont de signification que lorsqu’ils sont utilisés pour comparer l’état de santé de diverses populations. Par conséquent, ils ne représentent aucunement une mesure du fardeau réel supporté par les populations, contrairement aux taux bruts (Fleiss, 1981; Hennekens et al., 1998).
Les taux ajustés selon l’âge présentés dans ce document concernent la mortalité, les hospitalisations, les chirurgies, l’incidence du cancer et la prévalence du diabète, lesquelles sont fortement influencées par la structure d’âge de la population. Ces taux ont été obtenus en utilisant la méthode d’ajustement directe qui consiste à appliquer les taux par âge d’une population, pour une période donnée, à la structure d’âge d’une population de référence. Un exemple détaillé de calcul de taux ajusté selon l’âge est présenté à l’Annexe 7. Ces taux synthétiques reflètent ainsi ce qu’auraient été les taux bruts des populations étudiées si celles-ci avaient la même structure d’âge que la population de référence (Muecke et al., 2005). La population de référence utilisée dans ce document pour ajuster les taux selon l’âge est celle de l’ensemble du Québec en 2001, sexes réunis, corrigée pour le sous-dénombrement. Mentionnons enfin que nous avons utilisé deux répartitions selon l’âge différentes pour ajuster les taux de mortalité et les taux d’hospitalisation. Ainsi, pour ajuster les taux de mortalité, nous avons privilégié une ventilation des décès en grands groupes d’âge : 0-4 ans, 5-14 ans, 15-24 ans, 25-44 ans, 45-64 ans, 65-74 ans et 75 ans et plus. Cette ventilation permet de réduire quelque peu l’imprécision (l’erreur-type) des taux ajustés lorsqu’ils sont calculés sur la base de faibles effectifs, notamment à l’échelle des régions, pour des causes relativement rares de mortalité. Les mêmes groupes d’âge ont été utilisés pour le calcul des taux ajustés d’incidence du cancer. En ce qui concerne les taux ajustés d’hospitalisation, la ventilation des hospitalisations en groupes d’âge de 5 ans a été adoptée, compte tenu des effectifs importants d’hospitalisation pour chaque groupe d’âge : moins d’un an, 1-4 ans, 5-9 ans, 10-14 ans, …, 80-84 ans, 85-89 ans et 90 ans et plus. Pour le diabète, les taux ajustés ont été obtenus à partir des classes d’âge : 20-24 ans, 25-29 ans, ….85 ans et plus.
Les proportions basées sur des données tirées d’enquêtes et du recensement n’ont généralement pas été ajustées selon l’âge, car cette pratique est peu courante pour ce type de données. Dans certaines situations toutefois, la donnée ajustée est aussi présentée, en particulier pour les indicateurs décrivant l’état de santé. C’est le cas par exemple de la proportion de la population ne se percevant pas en bonne santé et de la prévalence des principaux problèmes de santé chronique. Ces deux proportions ont été ajustées selon l’âge en utilisant la même population de référence que celle retenue pour ajuster les taux, mais une structure par âge différente : 12-24 ans, 25-44 ans, 45-64 ans, 65-74 ans, 75 ans et plus.
Plusieurs indicateurs présentés dans ce document ne sont ni des taux, ni des proportions. Il s’agit pour la plupart d’entre eux d’indices ou de rapports, lesquels sont surtout utilisés en démographie : indice de dépendance totale, indice de dépendance des jeunes, indice de dépendance des aînés, indice de vieillesse et rapport de masculinité. Ces indices ou rapports sont de simples ratios de deux populations différentes. Leur méthode de calcul est explicitée plus en détail dans la fiche descriptive 2. Dans quelques rares cas, les indicateurs sont illustrés sous la forme de nombres bruts, soit parce que le taux est trop faible, soit parce que le nombre à proprement parler est plus informatif. Ces indicateurs couvrent les domaines des maladies infectieuses et de la santé au travail.
D’autres indicateurs, dont le calcul est plus complexe, font l’objet d’annexes illustrant le détail et les étapes de calcul à l’aide d’un exemple. C’est le cas des indices synthétiques de fécondité, de grossesse et d’interruptions volontaires de grossesses (Annexe 2), du taux de sortie sans diplôme du secondaire (Annexe 4), de l’espérance de vie (Annexe 8), de l’espérance de vie en bonne santé (Annexe 9), de l’espérance de vie ajustée en fonction de l’état de santé (Annexe 10), du taux d’années potentielles de vie perdues (Annexe 11) et de l’indice de masse corporelle (Annexe 12) et du retard de croissance intra-utérine (Annexe 13).
Dans certains cas, une variation temporelle de l’indicateur est présentée. Ces variations sont généralement exprimées de façon relative, sous forme d’un taux d’accroissement. Un taux d’accroissement se calcule en divisant la différence entre la valeur d’arrivée et la valeur de départ par la valeur de départ :

Le taux d’accroissement est souvent exprimé en pourcentage en multipliant le rapport par 100. La valeur d’arrivée et la valeur de départ correspondent pour un même indicateur à deux années ou périodes différentes, celle de départ étant la plus éloignée dans le temps. Lorsqu’il n’est pas fait de mention particulière à la variation calculée, celle-ci est relative.
Dans certains cas, la variation temporelle est exprimée de façon absolue. Cette variation est simplement le résultat de la soustraction d’une valeur de départ à une valeur d’arrivée. C’est par exemple le cas de l’espérance de vie où la variation absolue exprime le gain (ou la perte) d’années d’espérance de vie en années entre deux périodes.
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Par déformation, certaines proportions sont appelées taux, bien qu’il s’agisse réellement de proportions. C’est par exemple le cas du taux d’emploi, du taux de chômage ou du taux de participation en médecine et chirurgie qui sont en réalité des proportions.--->retour<--- Les taux ajustés sont également dits « standardisés » ou « normalisés ».--->retour<--- |
| Source Eco-Santé Québec 2009 | Dernière révision de cette page : 25/04/2007 |